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jeudi, 25 juin 2015

Pour que tu ne te perdes pas dans Kerné

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L’histoire se passe l’an dernier, en un lieu de Bretagne où j’ai passé des étés, enfant. Le lieu se nomme Kerné,  est situé sur la partie dite Côte sauvage de la presqu’ile de Quiberon. Nous sommes Catherine et moi avec des amis et je joue un peu au "guide" pour mon petit monde. Mais si eux admirent le paysage  - comme chacun de nous le fait en découvrant une région - c’est loin d’être mon cas. Je cherche.

Je cherche  quelque chose qui n’existe plus ou du moins plus comme "avant"…Pourtant, dans mon inconscient, ce sont mes souvenirs qui me servent de guide. Et ils me  déroutent  ces souvenirs au point d’en perdre mon chemin… 

Ils sont tenaces ces souvenirs d’enfant. Une fois le séjour terminé, j’ai comme effacé ces  images nouvelles et bien réelles d’aujourd’hui  et  gardé  - presque intacte- celles ancrées au plus profond de ma mémoire. Comme dans ces remakes - souvent décevants - d’un film et que l’on oublie la séance terminée pour mieux garder en mémoire celles du chef d’œuvre d’origine…
Pas besoin des services d’un psy pour que je comprenne cet état qui pour  certains sera  peut-être assimilé à de la nostalgie.   
Dans tous les souvenirs d’enfance, il y a une part d’énigme, créée par le regard de l’enfant  lui-même sur ce qui l’entoure explique Patrick Modiano dans l’entretien  que l’on peut lire sur le site des éditions Gallimard   à l'occasion de la parution de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier et que j’ai lu récemment (*). Toujours dans le même entretien l’écrivain explique  qu’il est difficile d’être son propre biographe.  "L’entreprise autobiographique entraîne de grandes inexactitudes puisque l’on pèche souvent par omission, volontairement ou non. Et même si l’on cherche à être exact et sincère, on est condamné à une «posture» et un ton «autobiographique» qui risquent de vous entraver. Je crois que pour en faire une œuvre littéraire, il faut tout simplement rêver sa vie – un rêve où la mémoire et l’imagination se confondent."(*)

C’est après avoir lu "Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier" que m’est revenu cet épisode de vacances. Presque un an plus tard, l’émotionnel n’est plus un obstacle à écrire ces lignes. Le soir, nous avons quitté Quiberon par une autre route et avons traversé le village de St Julien.  Là où nous menais le chemin que nous prenions de Kerné pour nous rendre à la mer. La chapelle est toujours là, l’endroit ici semble ne pas avoir trop changé. Tout s’est remis en place : Les portes et volets rouges, le grand figuier et le champ rempli de doryphores, les parties de Lexicon et celles de Jokari, le cinéma ambulant sur la place, la route vers Quiberon et le passage étroit à l’entrée de Kerné,  la lande traversée pour les après-midi de plage...
L’enfant a repris ses droits, ceux des rêves éveillés et des souvenirs si doux.

(*) Entretien réalisé avec Patrick Modiano à l'occasion de la parution de Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier  © Gallimard 2014.

samedi, 29 novembre 2014

Des rêves et des pensées

 

Nuages et ciel-PhotoLP Fallot.JPG

C’était cette semaine dans l’émission La Grande Librairie. L’animateur de l’émission, François Busnel nous invitait à la découverte des nouveaux quartiers de New York  et à la rencontre avec cinq écrivains : Parmi eux,  Patti Smith dont "Glaneurs de rêves"  vient de paraître en France aux éditions Gallimard. Et, dans son studio d’écriture situé dans le quartier populaire du Queens, elle nous offrit ce beau cadeau en récitant People Have the Power   

Je rêvais, dans ma rêverie d’une idée radieuse et juste. Et mon sommeil fut brisé, mais mon rêve, lui, a perduré… 

   

 

 J’ai acheté "Glaneurs de rêves" dès sa sortie en librairie. "Dans ce récit autobiographique bref et lumineux, Patti Smith, qui a été distinguée par le National Book Award, revient sur les moments les plus précieux de son enfance, les convoquant avec un réalisme saisissant qui confine au fantastique.(…)" peut-on lire en 4ème de couverture de ce livre  "dont l’écriture a été achevée le jour du quarante-cinquième anniversaire de Patti Smith, dans le Michigan et qui a été initialement publié aux États-Unis sous la forme d’un mince volume. Vingt ans plus tard, le texte est réédité et paraît enfin en France dans une version augmentée, complétée de fragments inédits et accompagnée de nouvelles photographies et illustrations."

Je vous en livre quelques extraits. Je les ai choisis en pensant à  mon enfance, à notre enfance –frère et sœurs-,  à ma famille. Et à ma sœur, partie en cette fin novembre d’il y a trois ans déjà;  elle aurait bien aimé je pense entendre Patty Smith réciter People Have the Power.


Glaneurs de rêves-Couv.JPG
"C’est tout cela qui forme le nuage. Et c’est ainsi que le ciel ressemble à l’opéra humain. La promenade turbulente. Il attire l’œil paresseux. Il apaise les cœurs las en un jeu de mouvements qui annoncent la simplicité."
(Quadrille, page 33)

"Tu lèves les yeux, les nuages se forment et se reforment.

Ils ressemblent – à un embryon, un ami défunt qui repose à l’horizontale. Ou à un bras immense, charitable comme un printemps, qui sur ordre soulèvera ce sac de lin et tout ce qu’il contient, ne serait-ce que l’âme d’une idée – la couleur de l’eau, le poids d’une colline." (Art céleste, page 72)

"J’ai fouillé les nuages en quête d’augures, de réponses. Ils se mouvaient à toute vitesse, trame délicate, en forme de dôme. Le visage de l’art, de profil. Le visage du déni, béni." (Un adieu, page 97)

 

 

 

vendredi, 30 novembre 2012

Un poème

 

 Un poème-PhotosLP Fallot.jpg

 

 

 

Errer

 

Elle va             elle va
La remuante vie
Distançant nos fictions
Devançant tous nos rêves 

 

andrée chedid,poème,christine

 

Tandis que nous errons
D’ébauches en ébauches
Fabriquant sur l’écorce du monde
De frêles abris 

 

andrée chedid,poème,christine

 

Tandis que nous rôdons
Vers l’incernable issue
Mendiants d’éternité
Et de terres mal promises

 

andrée chedid,poème,christine

 

Les peurs parfois nous déportent
Vers de douteux appuis
Nous enferment parfois
En de sombres bastilles
Sans fenêtres sur l’espace
Sans passage vers autrui.

Andrée Chedid

 

andrée chedid,poème,christine

 

 

Errer, un poème d'Andrée Chedid, Par-delà les mots, Au cœur du cœur, page 65, Librio poésie 

Liens :

Absence et Présence

Pour survivre

L'espérance

 

Illustrations: Photos Louis-Paul Fallot

 

lundi, 20 août 2012

Voyage au pays de l’enfance

 

Je m’attarde sur le quai des Sables d’Olonne mais mes yeux  et mes souvenirs m’amènent de l’autre côté du port vers La Chaume dont j’aperçois le clocher. Mais je n’irais pas déambuler dans ses ruelles étroites, je ne prendrais pas le passeur qui traverse le port, et je n’emprunterais pas le pont qui reliait ce dernier au début des marais.  Encore moins le raccourci de l’écluse par où nous passions avec ma cousine  lors de nos escapades nocturnes l’été pour revenir d’un des dancings du centre ville.

Et c’est bien ainsi, je n’ai plus d’attaches à La Chaume,  mes rendez-vous sont juste  à côté en Pays d’Olonne.

Et puis les lieux ont tellement changé.

Il ne reste plus beaucoup de bateaux de pêcheurs comme celui dont mon oncle Henri tenait la barre ; et la sirène qui invitait les femmes de marins à reprendre  le chemin des conserveries ne retentit plus depuis longtemps. L’une d’elle, la femme de mon oncle et qui se nomme Francine est ma Marraine, la sœur ainée  de ma Maman.

La veille, avec sa fille - ma cousine -   nous avons partagé jusqu’à tard dans la nuit  nos souvenirs d’enfance. Nous irons tout à l’heure la voir dans sa maison de retraite et je sais qu’il y aura beaucoup d’émotion.

Entre cette femme d’exception  et moi, il y a une telle complicité, un tel amour que  je ne pourrais trouver les mots ici  pour les décrire.

Oui, je m’attarde sur le quai des Sables, c’est ma « saga » familiale  du côté maternel qui défile, celle d’une famille de pêcheurs dont tous les membres sont nés  « là-haut »  en Bretagne, à Douarnenez.

 

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PhotosLP Fallot, Les Sables d'Olonne, juillet 2012