10.04.2013

Paysage (Un poème de Baudelaire)

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Paysage de Provence, Châtreauneuf de Grasse, avril 2013
Photographie Louis-Paul fallot

 

 

Paysage

 

Je veux, pour composer chastement mes églogues,
Coucher auprès du ciel, comme les astrologues,
Et, voisin des clochers, écouter en rêvant
Leurs hymnes solennels emportés par le vent.
Les deux mains au menton, du haut de ma mansarde,
Je verrai l'atelier qui chante et qui bavarde ;
Les tuyaux, les clochers, ces mâts de la cité,
Et les grands ciels qui font rêver d'éternité.


Il est doux, à travers les brumes, de voir naître
L'étoile dans l'azur, la lampe à la fenêtre,
Les fleuves de charbon monter au firmament
Et la lune verser son pâle enchantement.
Je verrai les printemps, les étés, les automnes ;
Et quand viendra l'hiver aux neiges monotones,
Je fermerai partout portières et volets
Pour bâtir dans la nuit mes féeriques palais.
Alors je rêverai des horizons bleuâtres,
Des jardins, des jets d'eau pleurant dans les albâtres,
Des baisers, des oiseaux chantant soir et matin,
Et tout ce que l'Idylle a de plus enfantin.
L'Émeute, tempêtant vainement à ma vitre,
Ne fera pas lever mon front de mon pupitre ;
Car je serai plongé dans cette volupté

Charles Baudelaire,LXXXVI PAYSAGE
Les Fleurs du Mal

 

 

07.04.2013

Omar-Jo (L’Enfant multiple d‘Andrée Chedid)

 

 

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Fresque murale à Vintimille, mars 2013 - Photographies Louis-Paul Fallot

Il est des romans où l’on se construit de manière très précise des images mentales. Cela m’arrive plus ou moins, selon l’intensité et le bonheur que me procure une lecture et c’est d’ailleurs pour cela que je suis souvent déçu par l’adaptation cinématographique d’un livre. Je n’y retrouve pas « mes » décors, mes paysages, mes personnages…
L’illustration de cette Note. En cliquant sur le lien de bas de page, vous pourrez voir celle de la couverture du livre ainsi que le résumé du livre d' Andrée Chedid . En le lisant, je me disais que je ne trouverais jamais un manège aussi beau à photographier que celui de Maxime et d’Omar-Jo ! Et puis, en cherchant une image pour une autre Note, je me suis arrêté sur les clichés de cette fresque murale photographiée il y a peu. L’image s’est tout à coup imposée comme une évidence… L’enfant de la photo a désormais - du moins pour moi - un nom, ce sera Omar-Jo.

 Un extrait de L’Enfant multiple d’Andrée Chedid, pages 69 et 70

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28.02.2013

Poème, photos, en hommage

 

La poésie comme respiration, la poésie comme colonne vertébrale, la poésie comme nécessité.

(extrait de la présentation du recueil paru chez Seuil O ma mémoire : la poésie, ma nécessité de Stéphane Hessel, voir plus bas)

 

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Lever de soleil sur la ville, Cagnes sur Mer le 28 février 2013
Photographie Louis-Paul Fallot

 

 

Quand le front de l’enfant, plein de rouges tourmentes,
Implore l’essaim blanc des rêves indistincts,
Il vient près de son lit deux grandes sœurs charmantes
Avec de frêles doigts aux ongles argentins.

Elles assoient l’enfant devant une croisée
Grande ouverte où l’air bleu baigne un fouillis de fleurs,
Et dans ses lourds cheveux où tombe la rosée
Promènent leurs doigts fins, terribles et charmeurs.

Il écoute chanter leurs haleines craintives
Qui fleurent de longs miels végétaux et rosés,
Et qu’interrompt parfois un sifflement, salives
Reprises sur la lèvre ou désirs de baisers.

Il entend leurs cils noirs battant sous les silences
Parfumés; et leurs doigts électriques et doux
Font crépiter parmi ses grises indolences
Sous leurs ongles royaux la mort des petits poux.

Voilà que monte en lui le vin de la Paresse,
Soupir d’harmonica qui pourrait délirer;
L’enfant se sent, selon la lenteur des caresses,
Sourdre et mourir sans cesse un désir de pleurer.

 Arthur Rimbaud, Les Chercheuses de Poux.

 

 

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L'amandier, Cagnes le 28 février 2013, photo Louis-Paul Fallot

 

 

La photographie est aussi pour moi poésie. Je dédie ces  photos (prises ce matin) à Stéphane Hessel, un hommage, un parmi les innombrables dans le monde depuis hier.

Le grand résistant, le déporté à Buchenwald, le diplomate qui participa à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’homme engagé auprès des sans-papiers…l’homme qui aimait la poésie! 

Il  récitait  ses poèmes préférés et en  connaissait  par cœur plus d’une centaine; il  avait publié en 2006, chez Seuil,   O ma mémoire : la poésie, ma nécessité.   On y retrouve Apollinaire,  Rilke, Villon…
Stéphane Hessel en a aussi enregistré et je vous propose de l’écouter sur France Culture dans un poème  d’Arthur Rimbaud, “Les Chercheuses de Poux”.

 

13.01.2013

Nantes, un poème et une photo

 

 NANTES

 

Tu ressembles au gris des soirs magiques
au pied d’un château breton
posé comme Venise avec ses parfums d’erdre

 

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Authentique bretonne
Tes jours, l’après minuit
Tes vents surréalistes
Que tu as survolé
De Vaché à Breton
Aux parfums de duchesse
Tes nègres magnifiques
Sont revenus au quai.
Je te raconterai aux perdants magnifiques
De l’hiver à l’automne
Qui remontent le temps.
Du lundi au dimanche
Je ne sais te survivre
Et j’attendrai
Les pluies
De tes nuées atlantiques
De Verne et de romans.
Tu penches vers le fleuve et tu penches vraiment
jusqu’au Quai de la Fosse
où l’on voit apparaître
l’ombre des éléphants.

 

ALLAIN Alain
Photo : FALLOT Louis-Paul

 

  

Mon ami Alain a écrit ce poème que j'aime particulièrement et l'a illustré de l'une de mes photographies préfétées de Nantes, prise dans cet endroit  où je me rends à chaque séjour.  Merci Alain; je suis heureux de le  publier pour terminer sur ce blogue cette "semaine nantaise".  Mon idée première était de lui faire une surprise en l'illustrant différemment avec  des photos récentes:  de cette ville où nous avons tant de souvenirs communs; de Nantes où a commencé notre amitié avant que nos vies respectives nous éloignent et que, récemment, nous nous retrouvions.  Mais j’ai décidé de le publier tel qu’il l’a mis en page,  comme un cadeau réciproque que nous nous faisons, comme j'ai envie d'écrire, une oeuvre unique.  

 

15.12.2012

Une Feuille m’a dit…(Conte)

 

 Un conte, écrit par mon ami Robert de Nice et que j’ai mis en images.

 

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04.12.2012

Le scribe maître de la plume

 

Ce n'est pas pour devenir écrivain qu'on écrit. C'est pour rejoindre en silence cet amour qui manque à tout amour.  Christian Bobin,  La part manquante

 

Le scribe maître de la plume

 

Le scibe-PhotosLP Fallot.jpgDans l’Antiquité le scribe était un notable, puis avec le temps et dans les pays modernes, tout le monde ou presque apprit à lire et à écrire;  chacun put enfin écrire avec plus ou moins de talent, et ainsi évoluer.

Certains devinrent des écrivains au talent reconnu, on leur attribuait ce talent d’être de fines plumes. Ils étaient capable de montrer et faire sentir les odeurs, le bruissement des feuilles sous le souffle du vent, nous faire entendre le clapotis de l’eau dans les calades des ruisseaux, nous montrer toutes les couleurs du ciel, des arcs en ciel et du zèbre des éclairs dans une nuit noire. D’autres nous montraient, la violence des hommes et des tempêtes, les rues sombres et les fumées nocives. Certains même nous cueillaient des bouquets montrant du même coup la verdeur des près embaumés de parfums de fleurs. Les coquelicots dans les champs de blés…. C’est grâce à eux que je me suis senti attiré vers la lecture, celle qui me parlait un peu plus que les simples mots, des textes vêtus de poésie ; ceux qui m’ont autorisé à les copier pour essayer de m’améliorer, j’ai pu à mon aise jouer avec leurs mots tentant chaque fois de mieux faire, ajoutant virgules ou points, déplaçant de-ci de-là quelques mots pour les accorder avec les résonnances qu’ils transmettaient à mon oreille par ma lecture qui s’adressait directement à mon cerveau. L’écriture me semblant être comme une douce musique sur laquelle tous les mots peuvent valser et donner un ballet majestueux comme les valses de Vienne. Chaque lecteur devenant le spectateur et l’auditeur de la musique qu’il lit et entend. Aimant ainsi un écrivain plutôt qu’un autre, le style de sa plume, le tableau qu’il écrit comme un peintre son œuvre, ou un sculpteur son art. Qu’ils m’offraient en partage.

Jusqu’au jour où, ayant par maladresse certainement, déplacé, une virgule ou un point, modifié une note dans un récital écrit, ignorant que ce scribe était resté à l’aire antique de la noblesse des scribes d’Egypte, possesseur de ses écritures et de ses droits d’auteur. Troublé comme Mozart, que l’on ait pu lui changer une croche de sa partition. Je fus amené à repenser mon admiration sur la profondeur et l’attention que pouvaient avoir certains de ceux qui se gargarisaient de côtoyer les fines plumes; je les ressentais alors loin de la véritable sollicitude dont parlait Victor Hugo. J’ai ressenti la même résistance que les religieux mettent à sacraliser et conserver leurs écrits pour poursuivre, sans en modifier une ligne, leur état d’esprit sans pouvoir accepter d’en apporter une nouvelle conception. Toutes religions confondues avec les thoras et les charias, tous les blocages en fait.

Le plus surprenant venait aussi du fait que ce scribe - qui se bat pour que le monde change et évolue dans une mondialisation où beaucoup ne pensent plus à la nature ni aux dégâts que chacun provoque en ce monde – oubliait que l’on doit commencer « soi-même » à évoluer dans ses propres comportements égoïstes quels qu’ils soient.   Ne rien changer au sacro-saint du «c’est ce que je fais qui est bien » ! J’ai compris la phrase d’un artiste qui disait que l’écriture pouvait être une arme meurtrière. Comme tiré d’une arbalète, le carreau peut se transformer aussi en boumerang.

L’écriture, à mon humble avis, ne devrait pas rester l’apanage de certaines fines plumes, ne servant alors qu’à décorer leur chapeau, mais servirait encore un peu plus à aider ceux qui l’aiment, à l’aimer davantage. La partager sans contrepartie, l’offrir comme un précieux cadeau et non comme l’aumône d’une pièce jetée dans l’écuelle du mendiant de la lecture…..

 

Robert de Nice, 14 octobre 2011.   

 

Illustration :

Le musée des arts et traditions populaires à Guillaumes (Alpes-Maritimes). Photo Louis-Paul Fallot

 

Liens:

A lire ou relire les autres conributions de mon ami Robert de Nice publiées sur ce blogue:

La fenêtre dans un mur

La foi ou « le merci du lapin »...