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26.02.2013

Bâtir notre cathédrale (Résilience, compétence et travail sur soi)

 

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 Avertissement au lecteur : Une Note au format exceptionnellement long en texte est inhabituelle sur ce blogue; en voici les raisons : Mes travaux de ce début d’année ainsi que des discussions personnelles m’ont amené à lire ou relire des récits, textes, documents qui illustrent et/ou explicitent le concept de résilience. Je l’ai fait avec ce recul par rapport à ma propre expérience, ce qui me permet de mettre -modestement- en adéquation le savoir, le ressenti et le vécu et qui donne à mes relectures une saveur nouvelle, un sens approfondi de compréhension pour ne pas employer un terme qui pourrait paraître péremptoire et que pourtant j’ai envie d’employer, celui de l’évidence. Mes pages dites des 23 septembre -date à laquelle j’ai posé mes premiers pas sur le chemin de cette résilience en sortant du déni et en acceptant en premier de me faire soigner- racontent ce travail de résilience, de construction de « nouvelle vie ». Elles me sont personnelles mais comme je l’écris souvent, je les partage comme les lignes de cette Note pour témoigner, à la fois de ma gratitude envers tous ceux qui m’ont aidé et pour délivrer ce message que la souffrance n’est pas une fatalité, que l’espoir est toujours là.

 

 

Résilience, compétence et travail sur soi

C’est dans les pays anglo-saxons et nord-américains qu’eurent lieu les premiers travaux sur  le concept de résilience qui  a  pris son essor plus tardivement, dans les  années 1990,  dans les pays francophones.  Si un jour nous arrivons à bien structurer nos observations, nos expérimentations et nos théories, je pense que nous en ferons une théorie de l'anti-fatalité, de l'anti-destin  déclarait Boris Cyrulnik dans un colloque qui  a fait a fait l’objet d’un livre « Entre résilience et résonnance »,  avec  pour objet: traiter de la place de l’émotion en thérapie.  (Voir ma Note du 27 août 2009 « A l'écoute des émotions »).
Voici la définition de la résilience,   proposée  par Michel Manciaux, Stefan Vanistendael, Jacques Lecomte et Boris  Cyrulnik en 2001 : c’est la capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer bien, à continuer à se projeter dans l’avenir en dépit d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes sévères.
Je ne suis pas un spécialiste de la résilience - un acteur oui je pense - et ne vais donc pas m’essayer ici à développer  ce concept qui a fait l’objet de nombreuses études  et essais. Votre moteur de recherche se fera un plaisir de déposer en PDF   sur l’écran de votre ordinateur ou  vous donnera  les références des  ouvrages  que vous pourrez vous procurer sur ce sujet et dans la version de votre choix, papier ou numérique. Non, comme je l’ai mis en titre à ce billet, je voulais juste noter dans ce blogue qui est aussi   mon « Carnet de nouvelle vie » - que c’est pour moi une notion fondamentale sur laquelle j’ai ressenti le besoin de faire un point d’étape, d’en approfondir ma compréhension et de le  partager avec mes lecteurs.
Quelles compétences, quelles  notions du  travail sur soi sont nécessaires  à associer au concept et au travail  de résilience ?

Dans un débat organisé par Psychologie magazine, Boris Cyrulnik et Luc Ferry qui se rencontraient pour la première fois à cette occasion dialoguent  autour du thème  « Ce qui nous tient debout ».  Boris Cyrulnik évoque  cette maison que l’on se construit et qui parle de notre vision du monde . Il rappelle la fable racontée dans son livre Parler d’amour au bord du gouffre (page 35 de l’édition poche chez Odile Jacob). La voici :

"Un  pèlerin  se rend à Chartes et va rencontrer sur sa route trois hommes qui cassent des cailloux
 Le premier grimace, respire le malheur. Alors le pèlerin s’arrête et l’interroge :
-Monsieur, qu’est-ce que vous faites ?
 L’homme, malheureux, lui répond :
-J’ai trouvé ce métier stupide et mal payé. Et j’ai mal au dos.
Le pèlerin continue son chemin et voit un deuxième homme un peu plus loin, torse nu en train de casser des cailloux. Il lui pose la même question :
-Monsieur, qu’est-ce que vous faites ?
-Eh bien moi, je gagne ma vie comme ça, au moins c’est en plein air, lui répond l’homme.
Plus loin, le pèlerin voit un troisième homme occupé au même travail. Ce dernier respire le bonheur.  -Monsieur, qu’est-ce que vous faites ?  Et l’homme lui répond :
-Moi ? Je bâtis une cathédrale ! "


Pour Boris Cyrulnik, « cette fable   montre que celui qui a une cathédrale dans la tête métamorphose la manière dont il éprouve le réel. Le troisième homme souffre du réel, comme les autres, mais il a une représentation de ce caillou qui lui donne sens. ». Et il poursuit « Je dirige actuellement des thèses sur les survivants résistants dans les camps de déportés. On y constate que ceux qui ont le mieux supporté l’horreur sont ceux qui avaient une « cathédrale dans la tête ». Le simple fait d’imaginer la même cathédrale faisait qu’ils s’aimaient entre eux et pouvaient vaincre leur peur grâce à elle. C’est alors une sublimation nécessaire, dans laquelle il y a de l’affect, du lien, de la représentation d’images… »

Luc Ferry lui répond et nous met en garde : « Le problème, c’est que la cathédrale peut être délirante. Il ne faudrait pas prendre la fable comme si elle revenait à dire : à partir du moment où vous croyez en quelque chose, c’est bien. Non, ce n’est pas forcément bien ! L’idée de transcendance elle-même peut être un nouveau délire, et Dieu sait qu’elle l’a été, qu’elle l’est encore parfois aujourd’hui ». Il poursuit : « l’une des grandes questions qui se pose aux sociétés laïques est sans doute la suivante : quelles valeurs spirituelles et morales, en exigeant des sacrifices de l’individu, peuvent lui permettre de sortir de lui ? L’idée que l’on va tout trouver en soi – idée qui domine parfois le discours psy, certains retours au bouddhisme ou certains thèmes de développement personnel – est une immense illusion, liée justement à la logique du monde de la consommation. »

Ce dialogue passionnant entre les deux hommes démontre  que la résilience est un concept complexe. Et qu’être résilient n’est pas un acquis pour la vie, qu’elle exige de poursuivre le travail sur soi, d’être conscient de l’environnement dans lequel nous vivons et d’être toujours en situation de vigilance, face notamment à un évènement, mineur ou majeur et qui peut réveiller –souvent inconsciemment- de vieilles blessures enfouies. La compétence à vivre une « nouvelle vie » passe donc  par la compréhension et le désir de ne pas s’endormir sur ce qui  pourrait être considéré comme des acquis. C’est le sens que j’essaye de donner quand j’évoque sur ce blogue ou dans les commentaires que je dépose sur d’autres sites de ce réseau social  tout ce  que j’estime indispensable à mon bien être.  Je terminerais ce billet –  que (je me répète),  j’avoue bien volontiers avoir écrit en premier lieu pour me fixer quelques notes  issues de réflexions, vécus, lectures, partages- en citant Rosette Poletti et Barbara Dobbs. Ces deux auteurs, dans un petit ouvrage  de vulgarisation nommé   «La résilience,  l’Art de rebondir »  paru chez Jouvence nous donnent  un message d’espoir : La résilience est une capacité humaine fondamentale. Tous les individus et à tout âge ont le pouvoir de se transformer et de transformer leur réalité à condition de trouver en eux et autour d’eux les éléments qui leur permettent de créer cette capacité de résilience.» (Page 29 de l’édition de poche)

Vous trouverez, insérés dans la Note quelques liens, volontairement en nombre très limité. De nombreux autres textes, récits,  compte-rendu d’études, colloques, débats, listes d’ouvrages… sont disponibles sur Internet. Je tiens ceux que j’ai notés à disposition.   

 

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Crédits photos : Louis-Paul Fallot
En haut, la cathédrale Notre-Dame de Paris, octobre 2012
En bas, le port du Cros de Cagnes,  fleur sortant du filet de pêche, janvier 2013

 

19.05.2010

Accepte- moi tel que je ne suis plus

 

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