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Alcoolisme abstinent
Je reproduis sur ce Blog et avec son accord, un deuxième texte de Dominique W. "Du fond du trou".
Vous pourrez lire ce texte à la suite de cette Note rédigée en commun.
Nous avions publié un partage de Mots et Photos ici même le mercredi 9 avril 2008, qui avait retenu une attention particulière et de nombreux messages.
Dominique W et moi avons fait connaissance en nous rendant sur le Blog de Dominique Autié.
Il nous manque, à tous les deux, à beaucoup d’autres internautes comme en témoignent les écrits lus, ici et là sur la Toile.
Mais il manque certainement encore plus à toutes celles et ceux qui venaient, dans sa rubrique Alcoolisme abstinent de son Blog chercher soit un début d’espoir, soit la force de poursuivre leur chemin, celui de l’abstinence heureuse.
Nous nous inscrivons dans la fraternité qu’il définissait si bien, qu’il vivait si justement, nous continuons nos vies, ainsi nous témoignons pour l’Espoir, tout en lui rendant hommage.
C’est le sens de cette publication.
Dominique W et Louis-Paul,
Août 2008.

dimanche, août 31, 2008 | Lien permanent | Commentaires (22)
Les belles rencontres

Nous avons chacun de notre côté écrit sur le Net et de nos souffrances racontées sont nés des mots d’espoir. Nos chemins se sont croisés sur un Blog dont l’auteur avait par sa rubrique « alcoolisme abstinent » remplacée les mots de la honte par ceux de la preuve du possible d’une vie heureuse sans alcool.
Dominique W fêtera cette année son 5ème Noël de Nouvelle vie, moi mon 6ème. Nous avons partagé nos mots et photos déjà ici à deux reprises. (*) Des abstinences commencées pour tous les deux dans cette période qui n’est pas synonyme de joie pour tout le monde. Car la solitude, la peur, les dépressions et la souffrance ne sont pas le lot des seuls dépendants.
Mais je crois qu’il en est de même des messages d’espoir et si nous pouvons en offrir quelques uns et partager d'un peu de ce que nous appelons Nouvelle vie, nous aurons je crois déjà réussi ce Noël 2008.
Et moi aussi, je souhaite accrocher quelques guirlandes et pensées au traîneau du père Noël pour qu’il les apporte là-haut dans le monde qui est désormais celui de Dominique Autié(**). De son œuvre littéraire inachevée, de ses mots d’amitié, j’aime me souvenir.
Louis-Paul
Nota: Je n’ai pas fait lire ces lignes à Dominique W. Je partage tellement ses mots que je voulais lui en offrir également quelques uns.
(*)
Alcoolisme abstinent et Du fond du trou en août 2008
Et au milieu coule une rivière en avril 2008
(**)
Fraternellement , ma Note de juin 2008
mercredi, décembre 17, 2008 | Lien permanent | Commentaires (3)
Fraternellement
"C’est toujours dans les lettres d’un homme
qu’il faut chercher plus que dans tous les autres ouvrages
l’empreinte de son cœur et la trace de sa vie."
Les trois photos de cette Note:
Vers le Chemin des Sembles, Méailles, Haute-Provence
PhotosLP, mai 2008
Le dimanche 26 mars 2006, il y eu deux commentaires pour ma première Note de Nouvelle vie publiée le lendemain de l’ouverture de ce « Carnet «
Ces deux personnes sont à l’origine de cette « envie de Blog » et leurs sites respectifs sont référencés sous ce nom dans mes liens depuis le début de cette aventure numérique.
Voici le commentaire déposé ce-jour là par Dominique Autié :
Je lance un bon gros magnum d'eau minérale sur la coque de votre navire, qui prend le large ce matin pour sa traversée de la blogosphère !
Fraternellement.
Les mots de Dominique Autié en commentaires étaient rares, toujours déposés avec beaucoup de justesse et une attention particulière. Mais il préférait les courriels qui sont un prolongement plus personnel aux notes et commentaires déposés sur un Blog. Ce sont des échanges particuliers, privilégiés, une conversation à deux dans l’intimité de confidences, de projets qui germent, se développent et se réalisent parfois.
Dominique était connu pour sa plume mais lui l’ imprimeur de père en fils, l’auteur, Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres avait aussi cette grande qualité de donner l’envie de partager par le clavier d’un ordinateur ou les pixels d’une photo.
Et si ces Notes étaient parfois difficiles de lecture pour l’autodidacte que je suis, il savait utiliser notre langue française avec émotion, simplicité et tellement de gentillesse dans les courriels qu’il m’écrivait. Nous évoquions notre envie commune de donner espoir à l’alcoolique qui souffre encore (Qui mieux que ceux qui ont développé une maladie, celle-là ou une autre peuvent le faire ?) et de montrer par l’exemple que l’abstinence heureuse peut se construire, par une vigilance quotidienne bien sûr mais aussi en développant cette résilience que permet le travail artistique.
Ainsi est né le projet d’illustration de cette Note, celle du « chemin » et de cette photo devenu emblématique pour reprendre les mots de Dominique écrits à l’occasion de mon exposition de 2007 au Cros de Cagnes:
Pour Louis-Paul, dont le blog compte parmi mes liens connivents, la passion de la photographie se partage. Nous lui devons l'emblématique chemin des environs de Méailles qui ouvre une de mes chroniques de célébration de la vie sans alcool.
Certains projets communs seront restés au stade de la réflexion commune, qui traitaient de l’abstinence mais Dominique Autié était beaucoup plus avancé que moi dans sa réflexion et je n’étais sans doute pas prêt à l’époque. C’est du moins ce que je ressens en relisant ses courriels.
D’autres belles choses seront arrivés par les liens tissés à partir de son Blog comme celui avec Dominique W qui ici aura abouti à cette si belle parution année en avril de cette année. (Vous pouvez lire le récit émouvant de la rencontre des deux Dominique en commentaire de la Note précédente.)
Début avril est aussi la date du dernier courriel reçu de lui et qui m’en annonçait un autre à venir.
Il n’a pas eu sans doute le temps de l’écrire. Ces jours derniers, j’étais inquiet, je n’avais plus de nouvelles.
Vos mots me manquent déjà Dominique, ceux de vos Notes et ceux de vos messages.
Je resterais donc avec les derniers que vous m’avez écrit et où vous évoquez le mystère de cette abstinence, sa beauté dans « le sens de la vie ».
Vous terminiez « Fraternellement », c’est le mot juste.
Merci pour votre cheminement, pour ces petit morceaux de laine que vous laissez accrochés aux branches basses, dans vos virées forestières, à l’intention de ceux qui passeront dans votre sillage !
Extrait d’un courriel de Dominique Autié reçu le 1er février 2007.
LIEN : Fait très rare sur les Blogs, celui de DA, Le fil du temps nous propose un index.
Je publie ce lien pour celles et ceux qui auront envie d’une ballade sur le chemin des mots de Dominique.
http://blog-dominique.autie.intexte.net/blogs/index.php/a...
mercredi, juin 04, 2008 | Lien permanent | Commentaires (24)
Un arbre près de la rivière
Un arbre près de la rivière
A Dominique W
Tu es né au bord d’une rivière.
De ta chambre d’enfant,
Tu pouvais entendre l’eau caressé les cailloux.
Un jour puis un autre
Nos pas se suivent
An après an
Sur l’après souffrance
L’abstinence danse
Il fallait ce bois mort
Pour qu’à côté naisse
Le vert de l’espoir
Pour celle et celui qui doute
Restons témoins du possible
Par notre cheminement
Donnons envie de vie.
Partageons cette eau pure
Remplissons nos bouteilles
Et buvons jusqu’à plus soif
A la fontaine les bulles de l’espoir
"Et au milieu coule une rivière......"
Que cette mélodie nous accompagne
Où que nous soyons sur cette Terre.
« L’espoir se sème avant d’être cueilli, le pire n’est jamais certain. »
Aujourd’hui, sous un ciel orangé, tu sèmes des marronniers bleus.
Mettre une couleur à l’espoir
Bleu est tien, bleu est mien
A celui celle qui essaye,
Qui appelle à l’aide
Bleu pourra être sien.
Sous ton arbre, partage de cette phrase :
« Votre vie vous appartient. «
PHOTOS:
Louis-Paul Fallot
Haute-Provence
Août 2010
LIENS :
Le maronnier bleu: écrit par Dominique sur le Forum ATOUTE
Sur ce blogue, son texte Et au milieu coule une rivière
Ma note Aujourd’hui, j’ai six ans
vendredi, août 27, 2010 | Lien permanent | Commentaires (13)
Noël 2008
Un texte de Dominique W

NOEL 2008
Je vais me déposer mon cinquième Noël d' Abstinent au pied du Sapin. En 2004, je sortais juste de postcure, 3 mois à Marienbronn, j'étais encore rempli de plein de "tremblements" de mon ancienne vie. Mais, j'étais aussi heureux, heureux comme je ne l'avais plus été depuis de nombreuses lunes.
Comme je l'ai déjà écris, dans l'alcool je ne voyais plus les couleurs. J'avais été surpris de me rendre compte en post cure que le monde était si coloré.
Je voyais et ne broyais que du noir, inlassablement.
J'ai maudit Noël et ce que je percevais comme le triomphe des marchands, associé à une immense "Comédie du Bonheur".J'ai changé.
Non que je sois moins critique sur le cinéma publicitaire, mais surtout que comme pour l'alcool, plus principalement l'Abstinence, j'ai renversé ma pensée. Je prends ce qui me plaît et laisse le reste. Quand je buvais, je n'argumentais ma vie qu'"à charges", je faisais l'inventaire de tout ce qui n'allait pas, uniquement de ce qui n'allait pas, la liste était sans fin et mon désespoir comme ma consommation sans limites.
Alors aujourd'hui dans Noël, je prends ce qui me fait briller les yeux et colorier mon cœur. Dans ma besace, j’ai mes souvenirs de gamin, avec ma sœur, au pied du sapin multicolore, j’ai le regard du gamin face aux lumières, j’ai les contes et les histoires auxquelles je veux continuer à croire, j’ai une idée de la Fraternité que mon passage dans les marécages de l'alcoolisme ont ressuscité, je ressens et vie ma trêve qui n'est pas que des Confiseurs, mais bien plus, à fond.
Arrêter l'alcool, plus précisément faire le choix de l'Abstinence m'a ouvert des horizons, Noël s'inscrit aussi dans cette perspective.
Je n'oublie pas mes Noël douloureux, je ne les nie pas.
Je comprends jusqu'au plus petit des échos ce que je peux lire de l'appréhension, du dégoût de certains pour cette période, je comprends.
Mais pour ma part, je témoigne de mon jour, de mon heure, et de l'Espoir au bout de la nuit infernale qu'a été mon alcoolisme.
Je dis juste:
"Croyez en l’Abstinence, bâtissez la, construisez la, faîtes en des plans. Si l'alcool vous a trahi jusque dans votre plus profonde intimité, l’Abstinence ne vous décevra pas, pour peu que vous la nourrissiez de vos joies, vos espoirs, vos amours, vos envies de vivre. Bien sûr le chemin n'est pas facile, mais inventez vous une Etoile, mettez y le regard de votre femme, de votre fille ou fils, les rires de vos proches, ce que vous émeut et ne la lâchez pas des yeux, tracez votre route et rien ne vous arrêtera !"

Voilà pour cette année, je vais à Midi faire un tour au Marché de Noël, en pensant à vous, à ceux qui ne peuvent pas s'y rendre, j’accrocherai comme chaque année à chaque boule bleue, verte, jaune, rouge. Votre espoir d'être Abstinent, dans l'espoir que l'an prochain vous alliez voir votre sapin et que vous puissiez y accrocher vos propres boules.
Cette année, j’accrocherai au plus beau et plus haut des sapins, une boule multicolore pour me souvenir de Dominique Autié, parti rejoindre sur son traineau le Ciel, parce que cet homme, un jour, au détour du net a éclairé aussi mon Chemin. Qu'il en soit indéfiniment remercié, puisque seul l'indéfinissable nous réunit maintenant.
A tous, Fraternellement.
JOYEUX NOEL
Dominique W
mercredi, décembre 17, 2008 | Lien permanent | Commentaires (22)
Variation sur la même main
Un texte de Dominique W
Variation sur la même main
A l’aube de ma cinquième année sans alcool, je me suis levé la main tendue vers le volet de ma chambre jaune aux persiennes bleues, j’ai poussé délicatement le battant, mes yeux partant à la recherche d’un lever de soleil, dans l’attente des premiers rayons déposés sur le dos de mes voisines, quelques vaches blanches et noires, mon échiquier matinal bien en place, j’ai respiré à poumons déployés, j’ai remercié la vie. J’ai souri. J’ai déposé un regard amoureux sur mon épouse encore endormie, la caressant du regard, me souvenant à quels tourments j’avais pu l’exposer.
Je suis allé préparer le café. Ma seconde pensée fût pour Dominique Autié et Louis-Paul, compagnons d’Abstinence et toutes celles et ceux que ma route avait croisés que ce soit à l’Hôpital, sur le forum du Doc Dupagne, une oasis pour celui qui n’en peut plus d’avoir soif à en crever.
C’est à l’hôpital que j’ai trouvé les premières mains tendues, Marie Anne, Patrick, Gilbert, Anne-Marie, Jean, André, une liste de prénoms, des Anonymes qui ne le seraient plus longtemps.
En ces temps-là, ma main était le centre de mes turpitudes, elle exprimait tout mon désespoir. Ma main n’existait que pour tenir un verre, jour et nuit. Toute autre utilité était inexistante. Je broyais mes phalanges d’impuissance, tordues de douleurs, je regardais ma main tremblotante, persuadée que c’était une illusion d’optique, seuls les ivrognes tremblent. Je n’étais pas de ces gens-là, mes mains, pourtant chaque jour m’indiquaient la direction. Je cherchais les preuves de mon alcoolisme, je les tenais dans mes mains. Mais nous ne sommes pas faits pour tenir le désespoir entre nos mains, nous sommes faits d’une autre espérance. J’étais perdu.
J’ai regardé impuissant de nombreux jours mes mains, à pleurer. Aussi folle soit l’idée de pouvoir poser mon cerveau à côté de mon verre, juste pour souffler un peu, aussi vrai est que j’ai rêvé que mes mains se cassent dans un dernier fracas, comme un verre sur le carrelage bleu et gris d’une cuisine glacée. J’avais perdu la main de ma vie. Seul un fil tenait encore à l’idée de ce qu’elle avait été. J’ai pris beaucoup de choses en main dans ma courte vie, j’ai tendu beaucoup de mains avant de me l’arracher, j’ai construit peu à peu de ce qui devait être une vie de rêve, avant de virer au drame. J’ai arraché les papiers peints de mes rêves multicolores à coup d’alcool, ne comprenant pas à quel point avec mes murs si fragiles, j’allais tout détruire. J’y suis presque parvenu.
Ma main est tombée, une dernière fois sur le tapis de mon existence, il y a déjà cinq ans. A cet instant, entre Terre et Ciel, la roulette s’est arrêtée de tourner, et j’ai entendu souffler à mon oreille :
Alors soit tu t’arrêtes de jouer ta vie, ou c’est ton dernier lancement de dés. Le jeu est fini, tu as posé toutes tes cartes, tu es épuisé, alors si tu veux crever, vas y, un dernier verre sur la tempe, et roule misère !
Ma réponse fût : « Comment vais-je faire ? »
Accepte les mains qui te son tendues, accroches toi comme tu peux et tu t’extirperas de ton enfer. Une fois, posé sur le bas côté de ton existence, reprends des forces, laisse revenir la vie dans tes Mains. Un jour, tu reconstruiras. Tes murs seront solides, tes couleurs chatoyantes. Un autre jour, plus tard, tu ouvriras aussi tes volets roses sur les persiennes bleues de ton existence, et tu seras heureux d’être là, juste là, à ta place, celle qui t’est réservée au milieu de ceux qui t’aiment. Alors, ceux qui t’ont tendu la main et qui sont aujourd’hui dans la joie de te voir pousser tes volets comme un gamin qui vient d’apprendre à faire ses premiers pas, viendront à ta table partager ton bonheur. Ta vie t’appartient.
Aujourd’hui, en ce jour d’Anniversaire je lève et tend ma main à celui qui veut la prendre. Demain vous appartient.
Dominique W, le 10 août 2009
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Je me permets de rajouter ces quelques mots et liens en publiant ce mercredi et avec une très grande joie ce nouveau texte de Dominique W.
Il y a un an, nous écrivions: Dominique W et moi avons fait connaissance en nous rendant sur le Blog de Dominique Autié. Il nous manque, à tous les deux, à beaucoup d’autres internautes comme en témoignent les écrits lus, ici et là sur la Toile.Mais il manque certainement encore plus à toutes celles et ceux qui venaient, dans sa rubrique Alcoolisme abstinent de son Blog chercher soit un début d’espoir, soit la force de poursuivre leur chemin, celui de l’abstinence heureuse.Nous nous inscrivons dans la fraternité qu’il définissait si bien, qu’il vivait si justement, nous continuons nos vies, ainsi nous témoignons pour l’Espoir, tout en lui rendant hommage.C’est le sens de cette publication.
C'est toujours ce même sens qui nous anime.
LIENS sur ce Blog:
Et au milieu coule une rivière....
LIEN SUR LE Blog de Dominique Autié:
mercredi, août 19, 2009 | Lien permanent | Commentaires (10)
Et au milieu coule une rivière....
Il s’appelle Dominique et dépose souvent des commentaires chez un autre Dominique, celui que vous pouvez retrouver en lien dans ma rubrique « Envie de Blog » ci-contre.
Il n’a pas de Blog – à ma connaissance- mais il écrit de très beaux textes.
« (… )si tu te demandes où je vais chercher ce que j'écris, je te répondrai : au même endroit que les ignominies que je sortais quand je buvais – dans mes neurones. La différence est que je n'arrose plus mes fleurs cérébrales avec du désherbant. » Extrait de Lettre aux sceptiques par Dominique , abstinent pratiquant, publiée sur le Blog de D.Autié le 10 août 2007.
Un jour récent, il a déposé un texte en « commentaire « de ma Galerie photos. Une phrase introduit son texte: « Je viens de voir une merveilleuse photo, une rivière dans la région nantaise .La même .... »
J’aime la rencontre entre Mots et Photos. Et par les miracles de cette Nouvelle Vie, j’ai eu et ai toujours la chance de faire de belles rencontres.
Aujourd’hui, je suis heureux, avec l’accord de Dominique W, de publier son texte illustré de quelques uns de mes clichés, que nous avons choisis parmi des photos que vous pouvez retrouver sur mes autre Blogs (PhotosLP et Saison 2 ).
Enfin, celles et ceux qui me connaissent un peu où qui ont lu mes textes de Nouvelle Vie (notamment un de février 2007) ne seront pas surpris de la publication de cette Note un mercredi.
ET AU MILIEU COULE UNE RIVIERE...
Et au milieu coule une rivière....
Je suis né au bord d’une rivière. De ma chambre d’enfant, je pouvais entendre l’eau caressé les cailloux. Cette mélodie m’a toujours accompagné où que je sois sur cette Terre.
Et au milieu coule une rivière......
Alors que je me noyai dans un océan d’alcool, chaque jour ma tête remontait difficilement au dessus des flots de mes désastres, au bord de mon oreille soufflait encore un peu du bruit de la rivière.
En ce temps là, à demi mourant, ma tête était incapable de sortir de la confusion. Aucune idée, aucune pensée ne se trouvait blanchie du sceau de la confusion. Je devenais fou.
Ma femme ne m’aimait plus, mes parents m’avaient encore une fois abandonné, mon travail était perdu, ma vie ne se résumait qu'à une longue logorrhée incompréhensible aussi bien pour moi que pour les autres.
L’aube n’avait pas tenue sa promesse, mais c’était pire que ça, le crépuscule pointait son nez, je n’avais pourtant même pas 38 ans....
Alors, le soir je m’accrochai pour trouver quelques minutes de sommeil au flots de la rivière, je descendais transporté ailleurs, loin de mon alcoolisme, loin de moi.
Et au milieu coule une rivière....
Alors que je gisais la tête dans l’eau, les cailloux balayés par l’eau rentraient petit à petit dans mon être. Je m’enterrai de l’intérieur.
L’alcool avait la particularité de vous faire assister chaque jour à votre enterrement, les yeux grands ouverts vous regardez coincé dans le cercueil de votre impuissance la cérémonie, ce n’était même pas une marche funéraire.
Un oiseau vint se poser au creux de mes lèvres dégageant lentement les cailloux. Il retira une parcelle de vie et l’emmena survoler la rivière.
Dans le bec de l’oiseau, je vis ma terre d’alcoolisme. Une terre aride, brûlée, couleur ocre et grise, où erraient des êtres décharnés au regard vide et hagard.
Et au milieu coule une rivière....
L’oiseau survola en tout sens ce territoire, mon territoire à jamais.
Il me déposa au sommet d’un plateau, à la frontière. Ma frontière.
Au pied d’un arbre bleu, assis sur une mousse verte, un aigle multicolore me parla:
"Vois tu, je t’ai fais survoler ta vie d’alcool. Veux tu continuer à vivre ainsi ? Cesse de geindre et suis le cours de l’eau.
As tu remarqué que ta rivière traverse aussi bien ton alcoolisme, qu' elle a traversé tous tes instants de bonheurs, et qu' elle traversera ton avenir et ce que tu en fera. Tu es surpris mais le sens Arlequin est là.
"et au milieu coule une rivière" n’est pas le bruit de la rivière de ton enfance, pas que cela. C’est la rivière qui coule en toi, celle qui t’as accompagné jusqu' à tes terres désastreuses et sans vie. C’est tout à la fois. Ton passé, ton présent et ton avenir, il te faut recevoir et accepter ta vie dans son ensemble comme le fais ta rivière. La rivière traverse les pires contrées mais elle ne s' y arrête pas, pourquoi ne pas la suivre ?
ne reste pas là mais sache que ce territoire en toi existe et garde le souvenir de la douleur que tu as eu à y séjourner pour ne pas y revenir.
Songe aux indiens et à leur énergie à délimiter les territoires des morts pour ne pas s' y égarer. Ton alcoolisme est un territoire de Morts, quitte le et va vivre."
Je quittai l’Aigle multicolore. Il me laissa en souvenir mon surnom Arlequin.
"Et au milieu coule une rivière"
Chaque soir au coucher, je prononce à voix basse "et au milieu coule une rivière" et je descends dans un sommeil de Vie rejoindre des contrées colorées où une brise légère caresse la joue des enfants pour que plus tard, ils n’oublient jamais cette promesse et ce don qu’est le souffle d’une Vie, sa légèreté et son extrême fragilité.
Dominique W
mercredi, avril 09, 2008 | Lien permanent | Commentaires (39)
A l’ombre (ou la lumière) du platane
Un texte de Dominique W
A l’ombre (ou la lumière) du platane
A quelques heures de mes sept saisons en abstinence (1) , je me suis assis sur un banc à la couleur bleu ciel. Le vent se frayait un passage à travers les feuilles, pour aller se perdre peut être, se poser ailleurs sûrement ou tout simplement mourir contre une façade gris claire d'une vieille bâtisse encore debout malgré les avanies du temps qui passe. Une musique se précisait entre les feuilles, un chant mélodieux passait par un trou au milieu d'un vieux platane.
J'étais assis, heureux, le visage caressé par le soleil, assis au même endroit où dans un temps passé et pas si lointain, je gisais ivre mort.
A cette époque funeste, trébuchant, à moitié rampant, je m'étais couché lourdement sur ce banc. J'étais persuadé que je ne me relèverai pas, "on ne sort pas aussi vite d'un cercueil" m'étais-je dit. Pourtant, j'avais gît sur divers sols bien souvent: carrelage, béton, bois, bitume, terreau, pierres...je vivais dans des tranchées, à l'ornière de la vie, pour le moins à l'écart de ceux que je voyais vivre. Moi, je mourrai. Ce banc m'était apparu comme un linceul. J'étais à bout de forces.
Ces quelques heures couché sur ce banc, je pressentais que j'étais bien malade, que ma tristesse n'avait d'égal que mon envie de vivre et d'être heureux, celle que j'avais pu avoir un jour, si éloigné, que ne me venait à l’ esprit que le souvenir lointain du bruit d'une rivière qui avait bercé mes plus jeunes années. L'aube ne tient jamais sa promesse, étais-ce une raison pour devancer mon crépuscule ?
J'étais dans un temps crépusculaire, je n'avais pas 38 ans. Je m'étais couché, souhaitant que peu à peu le bois vienne à m'engloutir, que je ne fasse qu'un avec le banc. Je disparaîtrai sans laisser de traces, les passants ne verraient pas ma disparition, lentement je me retirerai, sans fracas.
Alors que mes pensées s'enfonçaient inexorablement sous terre, un vent fort se leva, mes paupières se redressèrent peu à peu, je bougeais un doigt sur le coin du banc, l’ongle enfoncé dans la chair du banc, je vis une lueur. Celle d'un lampadaire, il faisait nuit. Combien d'heures avais-je gît là ? J’avais froid. Ma première pensée fût pour mon amour et l'effroyable idée de lui avoir fait traverser cet enfer. Ce n'était pas fini.
Ce jour, je pris conscience que j'étais gravement malade: une graine était semée.
Rien n'était réglé, mais rien ne serait plus comme avant.
Je tombai encore plus bas, plus fort mais sur ce banc un début de vie s'était glissé entre les lattes du banc et moi.
Ce récit me semble si lointain et si proche.
Qu’ai-je fais de ces sept années ? J’ai voyagé, pensé, travaillé, aimé, lu, couru, pleuré, ri, nagé, dormi, rêvé, fais du vélo, joué, colorié, écris, marché dans la neige, pris soin de mes chats, regardé, senti les fleurs, couché dans l’herbe, mangé de bons mets, gueulé, mais surtout j’ai vu des couleurs. En toutes choses, en tous lieux, j’ai vu la couleur. Souvent, je répète que dans la douleur de cette traversée en Alcoolie, je voyais gris. Il ne s’agit pas d’une image, je ne distinguais plus aucune couleur. Rien ne coloriait mon cœur, encore moins mon esprit, le jour était la nuit, la nuit était le jour. Le sens était absent en toutes choses. Qu’ai-je fais de ces sept années ? Ce que je ne faisais plus depuis de longues lunes, j’ai arrêté de mourir et j’ai vécu. J’ai vécu chaque seconde nouvelle comme un don, comme une seconde chance pour arrimer ma vie vers des horizons meilleurs et sans alcool. Mais, je n’ai jamais oublié la tempête et la force des vents contraires qui vous arrachent de ce que vous vouliez, rêviez d’être : un homme heureux. Je n’ai jamais oublié que mon enfer est alcool, que ma faille est alcool, que ma perte est alcool. Et quand le soleil est trop brillant, ma vie si belle que je viendrai à nier ce qui a été, alors je passe par le parc où est mon platane, mais surtout mon banc. Je m’assois sur mon banc bleu ciel, lève la tête, regarde les oiseaux, scrute cet arbre : lui sait….que des vents contraires peuvent déraciner le plus solide de ce qui est aujourd’hui.
Demain est un autre jour. Rendre demain possible me suffit et me comble de joie. Vos couleurs n’attendent que vous. Demain est possible sans alcool, je vous le jure quelque soit votre état du jour ne doutez pas, (2), un platane vous attend aussi…..bleu, vert, rose, jaune, orange, brun, bleu ciel…
A vous de voir.
Dominique W
Renvois 1 et 2 par mes soins:
(1) texte écrit le 10 août 2011
(2) A lire sur le Blog de Dominique Autié et pensées pour lui:
Les photos :
D'habitude c'est l'eau des rivières qui illustrent ici les textes de Dominique W. Cet été j'ai vu des platanes par centaines, droits et rapprochés sur les routes de l'Hérault, le "Roi" à St Guilhem et bien sûr ceux d'Annot près de Méailles auprès desquels je goûte au plaisir d'une lecture de fin de matinée ou début d'après-midi. Les photos qui illustrent le texte de Dominique ont été prises juste après l'orage, entre deux averses. Je n'avais jamais vu l'écorce ainsi ! Il n'y a aucune retouche à ces clichés. A la réception de son texte, j’y ai de suite repensé : l'arbre qui pleure, l'arbre déchiré, les nœuds du tourment puis les couleurs de l'abstinence. Je suis heureux de pouvoir les publier en illustration de ce texte. Encore très bon anniversaire Dominique.
mercredi, août 31, 2011 | Lien permanent | Commentaires (19)
Du fond du trou
Dans quelques jours, j'irai fleurir ma tombe, le cœur serré et les mains tremblantes, j'essuierai une dernière fois le marbre froid de ce qui reste du souvenir de ma vie. Je m'installerai à quelques mètres, assis sur la tombe d'un voisin, et je verrai défiler ceux qui m'ont aimé."
"Pourquoi n'ai je pas arrêté?"
Voilà.
Ne sachant pas comment commencer mon petit passage parmi vous, en l'honneur de mes 4 années d'Abstinence, je me suis imaginé ce qui aurait pu arriver en 2004, si quelques cheveux d'anges n'étaient pas venus à mon secours.
J'ai écris, "Lettres aux sceptiques", qui m'a valu d'être lu par un certains nombres d'entre Nous, dans divers endroits.
J'ai connu le bonheur de vivre des moments riches de partages avec un certain nombre d'entre vous. Certains sont encore ici, aux persiennes bleues reines de leurs nouvelles vies, ils essayent d'éclairer ce chemin vers l'Abstinence qui est bien difficile à dénicher.
Pourtant si proche, mais en la matière la proximité n'est pas synonyme de facilité.
Etre abstinent est tout, sauf une privation.
Un ami, Dominique, décédé, cette année, abstinent depuis plus de vingt ans, écrivait sur l'Abstinence ceci après avoir fait le tour des dictionnaires:
"Le mot paraît hors d'usage. Au premier pas, la langue ferait elle défaut ? C'est partir du plus loin. Du fond du trou."
Après le trou, mon premier pas en 2004, qui aurait pu ne pas être a été hésitant.

Je n'ai pas eu peur de l'Abstinence," l'alcoolique abstinent n'a pas peur, juste froid aux yeux", comme me l'écrivait Dominique AUTIE.
Des instants magiques ont suivi mon arrêt de l'alcool, j'ai commencé peu à peu à vivre. Pour moi, c’était de cette dimension : Reprendre Vie.
Ma vie dans l'alcool n'a été qu'une imposture, une douleur psychologique et physique extraordinaire. Je crevais.
Ma tête tournait en tous sens, je vivais dans la confusion, pas un de mes sentiments ne durait, je passais aussi vite de l'espoir insensé d'arrêter dans la seconde au désespoir total de reprendre un verre la seconde d'après, le temps était fracassé, ce qui l'accompagnait avec.
Je buvais à en mourir. J'y suis presque parvenu. Dans ma folie, j'ai emmené avec moi tous ceux qui m'entouraient, ceux qui m'aimaient et les autres. J'en avais que foutre des autres. Je voulais mourir en paix. Pourtant paradoxalement, je n’arrêtais pas de faire la guerre, partout et en tout lieu. Politique de la terre alcoolisée, pas un sentiment humain n'en réchappait, le chaos était mon reste de vie.
Dans tous ces instants, aussi terrible que cela puisse être, je ne pensais jamais à moi, je pensais juste à boire, encore et encore. Juste à boire.
Pour ne leurrer personne, dans ces moments de grande alcoolisation, je ne pensais pas plus à moi qu’aux autres. Malgré tout ce que je pouvais dire, jurer, promettre, je ne négociais qu'avec mon diable, la bouteille. Je n'avais qu'un maître l'alcool. Le reste n'était que mensonge.
Pas le mensonge banal, le mensonge vital comme je l'ai nommé part la suite, celui qui te fait croire que ta seule solution pour supporter la vie, c'est de boire à en crever. Tellement colossal que j'y croyais.
J'étais un gamin qui refusait de grandir. J’avais oublié de me comporter comme un adulte, je ne ressemblais même pas à un enfant. J'étais un grand certes, mais un grand irresponsable. Je devenais dangereux.
Alors de ces temps funestes, je ne regrette rien, rien ne me manque, surtout pas l'alcool puisque son remplacement par l'abstinence a fait disparaître les pires démons.
Je ne voudrais plus me déchirer comme je l'ai fait, je ne voudrais plus cracher à la gueule de ma vie comme je l'ai fait, je ne voudrais plus fermer la porte du bonheur pour celles des illusions perdues.
L'alcool ne me manque pas, parce que la Vie a repris le dessus. Si elle a pu reprendre son chemin, c'est parce que je me suis éloigné de l'alcool.
Comme je l'ai déjà dit, je ne sais toujours pas « comment on arrête l'alcool », j'en serais encore incapable aujourd'hui. Toutefois, je sais que vivre sans alcool est possible, que cette vie est fabuleuse, colorée et pleine de promesses. Mais par dessus tout, j’ai retrouvé ce qui m'avait le plus manqué : ma dignité, regarder les gens en face, ne plus faire de concessions, ne plus mentir. Aujourd'hui, je me suis retrouvé si ce n’est tout simplement trouvé, pour la première fois.
« Etre droit et rêver » est possible, car j’ai acquis la certitude qu’au fond de l'abîme il n'y a rien. Juste l'abîme.
Bien entendu, j'ai "mes emmerdes", mes coups de blues, mes envies « viscérales » de tout plaquer mais jamais je n'envisage l'alcool comme une réponse, c'est d'ailleurs la seule que j'exclus. En faisant ce choix, toutes les hypothèses sont face à moi, même les plus difficiles, sachant que la plus morbide serait d’aller vers un verre.

Une merveilleuse femme, infirmière, au nom hispanique, m'avait dit un jour une phrase qui fût ma clé:
"alors, vous avez décidé de sortir de la bouteille?"
C'est exactement ça, je vivais au propre et au figuré dans une bouteille, et vous pouvez imaginer quelle difficulté, au propre et au figuré, existe pour sortir d'une bouteille. Même si le premier pas doit venir de celui qui gît au fond, l'aide de tous est précieuse, fondamentale .Non pas qu’il s’agisse de rapport de forces à établir, mais du soutien nécessaire à tout individu vivant dans une détresse incommensurable.
Mais ici, également point de leurre, celui qui arrête de boire est celui qui boit. Les miracles n'ont pas cours.
Une chose est certaine, si aujourd'hui ma vie a repris de belles couleurs, je me remercie, mais je remercie aussi tous ceux qui m'ont tendu une main, une parole, un regard auquel j'ai pu m'accrocher pour faire surface. Ma femme avant tout Ma dette est imprescriptible, alors je m'étais promis, aux jours meilleurs, que si je pouvais tendre un de mes mots, un de mes regards, une de mes paroles à un de mes frères de douleurs, je le ferais, sans rien attendre d'autres que l'espoir qu'il puisse aussi, un jour s'arrimer à sa vie, pour s'extirper de l'alcool et retrouver des couleurs, persuadés que les siens, ceux qui l'aiment, quoique qu'il croit l'attendent.
Alors, je vais m'arrêter là, reprendre mon boulot, en vous souhaitant à tous de revivre en vous, pour revivre après dans le regard des autres.
Que la force de devenir Abstinent, de souhaiter le rester soit avec Vous.
Fraternellement, Dominique
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dimanche, août 31, 2008 | Lien permanent | Commentaires (29)
Aujourd’hui, j’ai 6 ans
les éditions demos
Aujourd’hui, j’ai 6 ans.
Je fête mon anniversaire, celui de ma Nouvelle Vie.
Cela paraitra quelque peu surprenant à mes nouveaux lecteurs (J’en profite pour les remercier), J’ai créé ce Blog en 2006 et chaque 23 septembre, je publie une Note
Je ne suis pas le seul, des milliers de gens de par le monde soufflent ainsi leurs bougies.
A cette occasion, ils témoignent de leur vécu, de leur vie avant et après l'alcool.
Ce sont des messages, à la fois de gratitude et d’espoir comme celui de Dominique W que j’ai publié ici le mois dernier.
Ils le font avec émotion, conscient du miracle d’être en vie, n’oubliant pas d’où ils viennent et qu’il importe de poursuivre au quotidien leur relèvement.
Ils racontent en sachant que d’autres sont encore dans la souffrance de l’alcool ou de l’alcool de l’autre. Que peut-être, ils s’identifieront à un fragment de leur histoire et auront l’envie de quitter cette spirale infernale pour entrer dans celle du rétablissement. L'envie de vie, en lieu et place du déni.
Car non seulement ils verront des visages transformés mais ils entendront cette phrase « oui c’est possible » !
Aujourd’hui, j’ai 6 ans.
Je me souviens du livre du Dr Dodson que beaucoup de parents ont lu et qui écrivit le best-seller « Tout se joue avant 6 ans ». Il traite de l’importance des premières années de la vie du jeune enfant.
Ce n’est certes pas exact avec la maladie alcoolique. Tout se joue chaque jour en ne prenant pas ce premier verre qui déclenche la mécanique infernale pour celui qui est devenu dépendant. Dominique Autié écrivait "L'alcoolique n'a pas peur de l'abstinence, juste froid aux yeux".
Mais arrêter de boire est une chose, se construire une vie heureuse sans alcool en est une autre. Et ces six années auront été déterminantes en ce qui me concerne sur le chemin de ce que j’appelle ma Nouvelle vie.
Si j’évoque le livre du psychologue américain, c’est que j’ai profondément ressenti ce cheminement du « petit enfant ».
A ma sortie du CALME, je disais toujours « comme un bébé ».
Comme un bébé, (ré) apprendre à m’alimenter mais d’une autre nourriture que ces poisons liquides ou solides. (Je me suis fait soigner d'une double dépendance.)
Comme un bébé, au début se concentrer sur soi-même et mon bien être au quotidien, me ménager, me reposer, tous ces gestes simples oubliés dans le désordre d’une vie qui n’en était plus une.
Puis comme un bébé, apprendre à marcher mais vers d’autres lieux que ceux des rayons vins et spiritueux ou des comptoirs de bar.
Apprendre à lire, à écrire en retrouvant à force d’exercices ces facultés mentales bien mises à mal par les ravages de la maladie.
Apprendre à compter. D’abord les jours d’abstinence puis les dates anniversaires soigneusement notées chaque mois sur le calendrier mural.
Puis comme un bébé, se socialiser, partir sur les chemins de l’école de Nouvelle vie, entreprendre le long apprentissage de la découverte de Soi.
Apprendre à aimer, à s’aimer.
Mais un bébé a besoin des autres, d’attention, de soins. Les adultes sont là pour cela.
C’est à ces femmes et hommes qui se sont trouvés à un moment près de moi pour m'accompagner que je pense ce jour. Militants des associations, médecins et infirmières, collègues de travail, famille, amis.
Le jeune enfant reçoit des compliments, des encouragements.
Le dépendant en rétablissement reçoit son premier cadeau. Celui de voir un jour l’image de son visage, propre, sans rougeurs ni boursouflure, souriant. Le bonheur qui se lit aussi sur les visages de ceux qui vous aiment.
Il voit beaucoup de promesses se réaliser. Il ne renie pas son passé, il en assume les conséquences. Cela met des années et il lui faut affronter bien d’autres peurs mais il se refait petit à petit une vie. Son abstinence est un choix, car il a retrouvé ce libre choix qu’il avait perdu. Il n’est pas non plus un zombie ou un extra-terrestre. Il a ses joies et ses souffrances mais ses émotions ne le mènent plus vers « le produit ».
Il vit et s’ouvre à la vie.
mercredi, septembre 23, 2009 | Lien permanent | Commentaires (37)
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